Investir 200 € par mois pendant 20 ans : ce que montrent 150 ans de bourse

200 € investis chaque mois dans le S&P 500, rejoués pour chaque mois de départ depuis 1871 : ce que l'on obtient après 10, 20 ou 30 ans, le pire moment pour commencer, et le cas du CAC 40.

Par Pierre Mory · · 8 min de lecture

« Si je mets 200 € par mois en bourse, combien j'aurai dans 20 ans ? » La réponse honnête est que personne ne le sait : tout dépend de ce que feront les marchés. Mais on peut regarder ce qui s'est passé pour tous ceux qui l'ont fait avant nous.

C'est ce que nous avons fait : rejouer un investissement de 200 € par mois sur 150 ans de bourse américaine, pour chaque mois de départ possible. Cela donne plus de 1 500 histoires d'épargnants, des plus chanceuses aux plus malheureuses.

La règle du jeu

  • 200 € chaque mois, sans jamais s'arrêter ni vendre, quoi qu'il arrive sur les marchés.
  • Dans le S&P 500, l'indice des 500 plus grandes entreprises américaines. C'est le seul grand indice dont on a un historique fiable depuis 1871, grâce aux travaux de l'économiste Robert Shiller (université Yale, prix Nobel 2013).
  • Dividendes réinvestis, comme le fait un ETF capitalisant.
  • Après inflation. Les 200 € sont des euros d'aujourd'hui : le versement suit la hausse des prix, et les montants obtenus sont exprimés en pouvoir d'achat actuel. Sans cette correction, 150 ans de hausse des prix rendraient les chiffres incomparables.
  • Sans frais ni impôts, pour mesurer le marché lui-même.

On recommence ensuite le calcul en commençant en janvier 1871, puis en février 1871, et ainsi de suite jusqu'au dernier mois de départ qui permet d'aller au bout de la durée.

Ce que deviennent 200 € par mois

S&P 500 de 1871 à 2023, dividendes réinvestis, après inflation, sans frais ni impôts. « 1 sur 10 » : un départ sur dix a fait moins bien (ou mieux).
DuréeVersé1 sur 10 en dessous deCas médian1 sur 10 au-dessus de
10 ans24 000 €23 051 €35 054 €50 203 €
15 ans36 000 €36 545 €62 259 €103 902 €
20 ans48 000 €56 838 €102 462 €182 598 €
25 ans60 000 €84 608 €151 073 €286 086 €
30 ans72 000 €128 335 €220 238 €405 817 €

Le cas médian est remarquablement stable : environ 7 % par an après inflation, quelle que soit la durée. Sur 20 ans, les 48 000 € versés deviennent un peu plus de 100 000 € de pouvoir d'achat d'aujourd'hui.

Mais la fourchette est large. Sur 20 ans, selon le mois où l'on a commencé, on se retrouve avec 57 000 € ou avec 183 000 € dans huit cas sur dix : un écart de un à trois, pour exactement le même effort d'épargne.

Le temps ne change pas la moyenne, il réduit le risque

Ce que la durée change vraiment, c'est la probabilité de finir avec moins de pouvoir d'achat que ce qu'on a versé.

Part des départs finis en perte : 11 % à 10 ans, 9 % à 15 ans, 4 % à 20 ans, 1 % à 25 ans, 0 % à 30 ans.
Part des mois de départ pour lesquels le pouvoir d'achat final est inférieur aux sommes versées. S&P 500, 1871-2023.

À 10 ans, un départ sur neuf finissait en perte. À 20 ans, moins d'un sur vingt. À 30 ans, aucun, sur près de 1 500 départs. Patience et régularité ne garantissent pas un bon résultat, mais elles rendent un très mauvais résultat de plus en plus rare.

Commencer au mauvais moment

Chaque point de la courbe ci-dessous correspond à un épargnant qui a commencé ce mois-là et versé 200 € par mois pendant 20 ans. La hauteur du point donne son rendement annuel, après inflation.

Rendement annuel sur 20 ans selon le mois de départ, de 1871 à 2003 : le plus souvent entre 2 et 12 % par an, négatif pour les départs de 1900 et 1901, proche de zéro de 1954 à 1964.
Rendement annuel après inflation de 20 ans de versements mensuels, selon le mois de départ. En rouge : moins de pouvoir d'achat que les sommes versées. S&P 500, dividendes réinvestis.

Trois histoires se lisent sur cette courbe, et la première va à l'encontre de l'intuition.

Commencer juste avant le krach de 1929

Imaginez un épargnant qui commence en septembre 1929, un mois avant le krach le plus célèbre de l'histoire. La bourse perd ensuite plus de 80 % en moins de trois ans. Pourtant, au bout de 10 ans, ses 24 000 € versés valent 35 222 € de pouvoir d'achat, soit 7,4 % par an : c'est mieux que le cas médian. Pendant toutes ces années de crise, ses versements mensuels ont acheté des actions à prix cassé.

Pour qui investit régulièrement, un krach au début n'est pas une catastrophe : c'est une période de soldes. Il faut seulement tenir. Notre épargnant a été en moins-value pendant près de trois ans.

Les années 1960 : le vrai pire cas

Le creux le plus long de la courbe correspond aux départs de 1954 à 1964 : pendant dix ans de départs, le rendement sur 20 ans reste sous 2 % par an, et passe parfois sous zéro. Ces 20 ans de versements se terminent entre le milieu des années 1970 et le début des années 1980, quand une inflation à deux chiffres ronge le pouvoir d'achat pendant que la bourse fait du surplace.

Un épargnant qui commence en janvier 1966 a ainsi perdu 2 % par an de pouvoir d'achat sur ses dix premières années, et s'est trouvé en moins-value pendant près de sept ans d'affilée. Sur 20 ans, il finit à +4,5 % par an. Le pire ennemi de l'épargnant n'a pas été le krach, mais une longue stagnation doublée d'inflation.

L'an 2000 : deux krachs en dix ans

Commencer en janvier 2000, au sommet de la bulle internet, c'est traverser deux krachs en dix ans : l'éclatement de la bulle, puis la crise financière de 2008. Au bout de 10 ans, les 24 000 € versés n'en valent plus que 23 066 en pouvoir d'achat. Mais au bout de 20 ans, le même épargnant obtient 8 % par an, mieux que la médiane : il a acheté pendant deux grandes crises.

La leçon de ces trois histoires : un mauvais départ retarde le résultat bien plus souvent qu'il ne le ruine, à condition de durer.

Investir au mauvais moment, est-ce tout perdre ?

C'est l'objection qu'on entend le plus souvent, par exemple dans les débats sur l'épargne retraite : « et si tu investis juste avant un krach, tu risques de tout perdre ». Les chiffres permettent d'y répondre précisément, en regardant les pires cas de 150 ans d'histoire.

Le plus mauvais mois de départ pour chaque durée. S&P 500, dividendes réinvestis, après inflation, 200 € par mois.
DuréePire départVerséObtenuRésultat
10 ansdécembre 196424 000 €14 952 €−38 %
20 ansdécembre 190048 000 €36 983 €−23 %
30 ansdécembre 189072 000 €79 960 €+11 %

Le pire épargnant de l'histoire sur 10 ans a donc perdu un peu plus d'un tiers de son pouvoir d'achat : une perte réelle, douloureuse, mais pas une ruine. Il a commencé fin 1964 et terminé fin 1974, au creux d'un krach et en pleine inflation. Sur 20 ans, le pire cas perd moins d'un quart. Sur 30 ans, même le plus malchanceux finit avec plus qu'il n'a versé.

Et ces pires cas sont des exceptions. Sur l'ensemble des mois de départ simulés, voici combien d'épargnants ont fini en perte, combien ont perdu plus de 20 % de leur pouvoir d'achat, et, en face, combien l'ont au moins doublé :

Tous les mois de départ de 1871 à 2013 (selon la durée). S&P 500, dividendes réinvestis, après inflation, 200 € par mois.
DuréeDéparts simulésFinis en pertePerte de plus de 20 %Mise au moins doublée
10 ans1 713196 (11 %)54 (3 %)221 (13 %)
15 ans1 653151 (9 %)22 (1 %)612 (37 %)
20 ans1 59370 (4 %)1 (0,1 %)921 (58 %)
25 ans1 53313 (moins de 1 %)01 127 (74 %)
30 ans1 473001 273 (86 %)

Sur 20 ans, un seul départ sur 1 593 a perdu plus de 20 % : c'est le pire cas du tableau précédent. Dans le même temps, 58 % des épargnants ont au moins doublé leur mise en pouvoir d'achat. Craindre de « tout perdre » en investissant régulièrement sur 20 ans, c'est se focaliser sur un scénario qui ne s'est jamais produit, en oubliant celui qui s'est produit le plus souvent.

Avec un indice large et des versements réguliers, le vrai risque n'est donc pas de tout perdre, mais de gagner peu, ou de perdre une partie de son pouvoir d'achat si la durée est trop courte. On perd tout autrement : en misant sur une seule entreprise qui fait faillite, en empruntant pour investir, ou en vendant en pleine panique au plus bas d'un krach.

Et en France ?

Le CAC 40 n'a pas un historique aussi long que le S&P 500, mais on peut faire le même calcul sur les 20 dernières années, avec le CAC 40 GR, c'est-à-dire dividendes réinvestis. Ce détail compte : le CAC 40 annoncé au journal télévisé ne tient pas compte des dividendes, qui ont représenté environ 3 % par an.

Le pire départ des 20 dernières années : octobre 2007. C'est le sommet du marché, juste avant la crise financière. Un épargnant qui commence alors à investir 200 € par mois dans le CAC 40 GR a versé 36 000 € au bout de 15 ans. Son portefeuille vaut 62 010 €, soit 6,9 % par an, et sa plus longue période de moins-value a duré un peu plus de deux ans.

Sur les 122 mois de départ possibles depuis 2006, aucun ne finit en perte au bout de 10 ans ; le cas médian rapporte 9,2 % par an. Ces chiffres sont avant inflation (environ 2 % par an sur la période) et ne couvrent que 20 ans d'histoire : ils illustrent, ils ne prouvent pas.

Ce que ces chiffres ne disent pas

  • L'avenir. Le XXe siècle a été exceptionnel pour la bourse américaine, devenue la première économie du monde. D'autres marchés ont fait bien moins bien : l'indice japonais Nikkei a mis 34 ans, de 1989 à 2024, à retrouver son record. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
  • La devise. Les calculs sont faits en dollars, corrigés de l'inflation américaine. Un épargnant européen qui investit dans le S&P 500 subit en plus les variations de l'euro face au dollar, à la hausse comme à la baisse.
  • Les frais et les impôts. Un ETF coûte souvent entre 0,1 et 0,3 % par an, auxquels s'ajoutent les frais de courtage. Les gains sont imposés, plus légèrement dans un PEA après cinq ans.
  • La discipline. Le calcul suppose qu'on ne s'arrête jamais et qu'on ne vend pas pendant les krachs. C'est, en pratique, le plus difficile.
  • La diversification. Le S&P 500 ne contient que des entreprises américaines. Ce guide décrit l'histoire d'un indice, il ne recommande pas d'y investir.

Rejouer et suivre son propre investissement

Pour rejouer vous-même un investissement mensuel, avec le montant, la durée et le mois de départ de votre choix, sur le S&P 500, le MSCI World ou le CAC 40, essayez notre simulateur DCA : il situe aussi votre départ parmi tous les départs possibles.

Et si vous investissez déjà chaque mois, Investio calcule le rendement réel de vos versements, frais et dividendes compris, et le compare à un indice. Si votre compte est chez Saxo Banque, le guide Suivre son PEA Saxo dans Investio explique comment l'importer en quelques minutes.

Méthode

Série mensuelle du S&P 500 publiée par Robert Shiller sur son site (ie_data.xls, janvier 1871 à septembre 2023), dividendes réinvestis et corrigée de l'indice américain des prix à la consommation. Le cours d'un mois est la moyenne des clôtures quotidiennes du mois. Chaque mois, 200 € constants sont investis au cours du mois ; le portefeuille est évalué au cours du mois qui suit le dernier versement. Le rendement annuel est le taux de rendement interne des versements, qui tient compte de la date de chacun. CAC 40 GR : cours de clôture quotidiens de septembre 2006 à octobre 2026, premier cours de chaque mois, en euros courants.

Ce guide est pédagogique : il décrit ce qui s'est passé sur des données historiques et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital.